Le 12 août 2026, le ciel nous offrira un spectacle rare : une éclipse totale de Soleil visible en Espagne, et observable à près de 91 % depuis les Hauts-de-France. Pour ne rien manquer de cet événement exceptionnel et surtout pour le comprendre, nous vous proposons une série d'articles qui vous accompagneront jusqu'au jour J. Alors, en attendant le grand spectacle, rembobinons un peu et posons-nous la question fondamentale : c'est quoi, au juste, une éclipse ?
Le plus grand jeu d'ombres chinoises de l'univers
Sur Terre, une éclipse est tout simplement ce qui arrive quand le Soleil, la Terre et la Lune décident de jouer à « cache-cache » en s'alignant dans l'espace. Imaginez trois danseurs cosmiques qui, de temps en temps, se retrouvent parfaitement alignés. À ce moment précis, le cône d’ombre de l’un des corps éclairés se projette sur l’autre, et depuis la Terre, nous assistons à un spectacle qui intrigue les humains depuis des millénaires.
Mais avant de comprendre comment fonctionne ce ballet céleste, faisons connaissance avec nos trois protagonistes.
Les trois acteurs du spectacle
Le Soleil : la star incontestée
Notre étoile est véritablement le géant de l'histoire. Avec un diamètre d'environ 1,4 million de kilomètres, son volume est plus d’un million de fois celui de la Terre ! Situé à quelque 150 millions de kilomètres de nous (une distance que les astronomes appellent « unité astronomique »), le Soleil brille depuis environ 4,6 milliards d'années et n'est même pas à la moitié de sa vie. Cette gigantesque boule de gaz en fusion est si massive qu'elle représente à elle seule 99,8 % de la masse totale de notre Système solaire. Autant dire que face à lui, tous les autres objets célestes font figure de confettis.
La Terre : notre «loge » VIP
Notre bonne vieille planète bleue, âgée elle aussi d'environ 4,5 milliards d'années, mesure près de 12 742 kilomètres de diamètre. C'est notre poste d'observation privilégié, la « loge » depuis laquelle nous assistons au spectacle des éclipses. Sa particularité ? C'est le seul endroit connu dans l'univers où des êtres vivants peuvent lever les yeux au ciel et s'émerveiller devant ces phénomènes cosmiques. Un privilège dont nous aurions tort de nous priver !
La Lune, notre satellite naturel
Notre satellite naturel, formé il y a environ 4,5 milliards d'années (probablement suite à une collision cataclysmique entre la jeune Terre et un objet de la taille de Mars), mesure « seulement » 3 474 kilomètres de diamètre. Elle orbite autour de nous à une distance moyenne de 384 400 kilomètres. La Lune est le seul astre extraterrestre sur lequel des êtres humains ont posé le pied, et malgré sa taille modeste comparée au Soleil, c'est elle qui va jouer le rôle principal dans notre histoire d'éclipse. Comment ? C'est ce que nous découvrirons dans le prochain épisode !
Deux types d'éclipses, deux configurations différentes
Maintenant que nous connaissons nos acteurs, voyons les deux scénarios possibles de ce jeu d'ombres cosmique.
L'éclipse de Lune : quand c'est la Terre qui fait de l'ombre
Dans cette configuration, notre planète se retrouve pile entre le Soleil et la Lune. L'ombre de la Terre vient alors obscurcir notre satellite. Ce phénomène se produit toujours lors d'une pleine Lune, et il a une particularité remarquable : il est visible simultanément par tous les observateurs situés sur la face nocturne de la Terre. Si vous êtes du bon côté de la planète, que la Lune est levée et que le ciel est dégagé, vous verrez l'éclipse exactement comme votre voisin situé à des milliers de kilomètres.
L'éclipse lunaire se décline en plusieurs variantes. Lors d'une éclipse lunaire totale, la Lune plonge entièrement dans le cône d'ombre de la Terre et prend alors une teinte cuivrée, parfois rouge sang, qui lui vaut le surnom poétique de « Lune rousse ». Cette coloration provient de la lumière du Soleil filtrée et déviée par l'atmosphère terrestre – comme si tous les levers et couchers de soleil de la planète se retrouvaient projetés sur la Lune. Lors d'une éclipse lunaire partielle, seule une portion de la Lune traverse le cône d'ombre, et l'on peut observer une « morsure » sombre qui grignote progressivement le disque lunaire. Enfin, l'éclipse pénombrale est la plus discrète : la Lune traverse uniquement la pénombre de la Terre (la zone où notre planète ne bloque que partiellement la lumière solaire), ce qui produit un assombrissement subtil, parfois difficile à percevoir à l'œil nu.
L'éclipse de Soleil : quand la Lune s'interpose
C'est le scénario inverse, et c'est celui qui nous intéressera particulièrement en 2026. Ici, la Lune passe entre le Soleil et la Terre, projetant son ombre sur notre planète. Ce phénomène se produit toujours lors d'une nouvelle Lune. Contrairement à l'éclipse lunaire, l'éclipse solaire n'est visible que depuis une zone géographique limitée : là où l'ombre de la Lune touche la surface terrestre.
L'éclipse solaire présente elle aussi plusieurs visages. L'éclipse solaire totale est le Saint Graal des chasseurs d'éclipses : la Lune recouvre entièrement le disque solaire, révélant la couronne solaire, cette atmosphère externe du Soleil habituellement invisible. Le jour se transforme brièvement en nuit, les étoiles apparaissent, et la nature tout entière semble retenir son souffle. L'éclipse solaire partielle se produit lorsque l'alignement n'est pas suffisamment parfait : la Lune ne cache qu'une partie du Soleil, comme si notre étoile avait été croquée par un appétit céleste. Quant à l'éclipse annulaire, c’est une éclipse qui se produit à un moment où la Lune se trouve proche de son point le plus éloigné à la Terre (l’orbite de la Lune autour de la Terre n’étant pas rigoureusement circulaire) et apparaît donc légèrement plus petite que le Soleil dans le ciel. Elle ne peut alors pas le masquer entièrement, laissant apparaître un anneau de feu éblouissant autour du disque lunaire. Citons également l'éclipse hybride, plus rare, qui est totale sur certaines portions de son tracé et annulaire sur d'autres, selon les variations de distance entre les trois astres au cours de l’ensemble du phénomène, qui se déroule sur quelques heures.
Mais alors, pourquoi pas une éclipse tous les mois ?
Voilà une excellente question ! Après tout, la Lune fait le tour de la Terre en environ 29,5 jours (le temps nécessaire entre deux phases de la Lune identiques). Elle passe donc par une phase de nouvelle Lune (alignement Soleil-Lune-Terre) et une phase de pleine Lune (alignement Soleil-Terre-Lune) chaque mois. Logiquement, nous devrions avoir une éclipse de Soleil et une éclipse de Lune tous les mois, non ?
Eh bien non, et la raison est une question d'inclinaison. L'orbite de la Lune autour de la Terre n'est pas exactement dans le même plan que l'orbite de la Terre autour du Soleil, et qu’on appelle le plan de l’écliptique. Le plan de son orbite est incliné d'environ 5 degrés par rapport à l'écliptique. Cela peut sembler peu, mais à l'échelle des distances dans le Système solaire, cela a pour conséquence que, la plupart du temps, les phases de Pleine Lune ou de Nouvelle Lune se produisent à des moments où la Lune se situe suffisamment loin de l’écliptique pour que les cônes d’ombre n’atteignent pas les surface du troisième acteur en jeu.
Les éclipses ne peuvent se produire que lorsque la Lune se trouve à proximité de ce qu'on appelle les « nœuds » de son orbite – les deux points où son trajet croise le plan orbital terrestre. Ces fenêtres d'opportunité, appelées « saisons des éclipses », surviennent environ deux fois par an et durent quelques semaines chacune. C'est uniquement pendant ces périodes que les conditions géométriques sont réunies pour qu'une éclipse puisse avoir lieu.
Résultat : on compte en moyenne entre quatre et sept éclipses par an (en additionnant les éclipses solaires et lunaires), ce qui en fait des événements relativement rares et d'autant plus précieux à observer.
Dans le prochain épisode, nous nous pencherons sur un mystère fascinant : comment la petite Lune, 400 fois plus petite que le Soleil, parvient-elle à masquer parfaitement notre gigantesque étoile ? Une coïncidence cosmique que nous décortiquerons ensemble !
Pour Les Groupes Scientifiques d'Arras
William Drapeaud
Sources :
Adler Planétrium : Types of Eclipses: Lunar Eclipses and Solar Eclipses Explained ; IMCCE : Éclipses de Soleil ; Florent Deleflie (OBSPM) : Les éclipses de Soleil - « quand le hasard donne lieu à l’un des plus beaux spectacles de la nature »
Crédits images :
J.Mouette, IAP : Eclipse du 11 juillet 2010 - Tuamotus
"Les autres images utilisées dans cette série sont des illustrations générées par intelligence artificielle. Elles ne représentent pas des observations réelles mais des reconstitutions, réalisées à partir d’un travail de préparation et d’élaboration du rédacteur, destinées à faciliter la compréhension des phénomènes."